Du Mont-Blanc au glacier des bossons
Le glacier des bossons issu directement des neiges du sommet du mont-blanc déroule, son éclatante blancheur jusqu'aux forets sombres de la vallée. Sa position centrale visible de partout, attire en permanence l'oeil du montagnard en même temps qu'elle frappe tout de suite la vue du visiteur. Le contraste entre l'étincelante luminosité de sa glace pure et les verts des épicéas et mélèzes de ses rives, représente un spectacle unique, qui a toujours ravi ceux qui depuis des siècles, l'ont approché et décrit.
La vie de ce glacier prestigieux touche directement les chamoniards qui entendent le grondement fréquent de ses chutes de séracs, bruit qui terrorisait les anciens. Ils s'émerveillent du changement des ses teintes selon l'heure de la journée, la saison, l'ensoleillement.
Le glacier s'entoure l'hiver de mystère, comme plus éloigné des hommes, presque silencieux, figé dans sa froide lumière bleu; parfois quelques craquements de séracs laissent longtemps des plaies d'écailles vertes; L'été, dégoulinant d'une lumière scintillante au soleil du matin, il offre à portée de main, attirance trompeuse, ses vagues brillantes et débonnaires. que survienne un orage, et la masse glacée s'assombrit d'un coup, ses teintes ocres se fondant avec celles des forets riveraines. Aussitôt après, la lumière éclate à nouveau en une large bande à mi-hauteur, teintes rouges et roses, irréelles et éphémères, annonciatrice du retour du beau temps. Mais le glacier n'est jamais aussi étrange et impressionnant que lorsque souffle le fœhn; La tourmente chaude le fait ruisseler de partout même en novembre; elle arrache en nuages tourbillonnants, de la terre et des pierres à ses versants; elle lève de longues plaintes modulées en passant sur l'archet des moraines.
de quelqu'endroit qu'il l'aborde, le marcheur ne peut rester insensible à son atmosphère froide et sauvage, faite de sévérité et de mystère imposant l'humilité. Une fois chaussés les crampons, c'est toujours avec un petit pincement au coeur que l'on commence à gravir ses pentes de couleurs.
Caracteristiques générales du glacier
Le glacier descend en ligne directe du sommet du Mont-Blanc (4807) le plus haut sommet alpin, par une cascade de glace en paliers jusqu'à l'altitude de 1180 mètres, la plus basse des alpes pour la langue terminale d'un glacier. La dénivelée de 3670 mètres est la plus grande du monde, pour un glacier descendant d'un seul tenant du haut du sommet jusqu'à sa base.
Une autre caractéristique du glacier réside dans son extraordinaire blancheur. Cette particularité tient au fait que la glace restante parvenant dans la langue terminale après des années d'ablation au cours de la descente du glacier, s'est formée entre 3500 et 4810 mètres d'altitude. cette haute altitude de formation de la glace ne se retrouve dans toutes les alpes qu'au mont rose (4634m). Cela signifie que cette glace de type arctique (fonte estivale négligeable) est froide, remplie de bulles d'air qui lui donnent sa blancheur. D'autre part cette glace ne met qu'une soixantaine d'années après sa formation pour arrivée au bas de la langue terminale. Elle est donc relativement jeune, conservant encore dans sa structure ces masses d'air emprisonnées. les autres glaciers alpins sont constitués de glaces formées beaucoup plus bas, c'est à dire entre 3000 mètres et 3700 mètres d'altitude, soumises au gel et dégel et à la percolation de l'eau. ces glaces se retrouvent plus sombres, plus bleues, dans les langues terminales.
Naissance du glacier
Ce n'est pas un hasard si le glacier des Bossons descend le plus bas des Alpes (1200m). si les variations glaciaires alpines ont des causes identiques, ce glacier possède des caractères bien particuliers que ce soit au niveau de son aire d'accumulation, ou de sa zone d'ablation.
Aire d' accumulation de la neige
C'est dans cet espace que la neige va s'accumuler et se transformer, peu à peu,
en glace. Domaine de la haute montagne, baigné par des masses d'air froid, peu
dense, (la température diminuant de 5 à 6 degrés par tranche de 1000 mètres
d'altitude), absorbant mal les rayons infrarouges dons restant à une température
assez basse même sur un sol surchauffé. cet espace de froid reçoit de grande
quantités de neige ne pouvant plus fondre au-dessus d'une certaine altitude même
en été empilant ainsi chaque année une nouvelle couche au couches précédentes
accumulées. lorsque les couches déposées en states, ont atteint une épaisseur
critique dans cet espace "réservoir", le glacier devient évacuateur : "Il
établit un régime permanent, un état d'équilibre où tout l'excédent
d'accumulation annuelle est évacué" (l.Liboutry).
Ce domaine s'étend d'est en ouest depuis le col du Midi, jusqu'au dôme du Goûter (4304m) en passant par les prestigieux sommets du Mont-Blanc du Tacul (4248m) du Mont Maudit (4345m) et du Mont-Blanc (4807m). Toutes ces surfaces d'accumulation convergent pour former le glacier des bossons, soit par des émissaires continus, soit par de grandes chutes de séracs impressionnantes. Celui qui revient du Mont-Blanc par l'itinéraire des Grands Mulets, n'oubliera pas de sitôt la beauté de ces paysages glaciaires.
Catastrophe du "Malabar Princess"
Le 3 novembre 1950, l'avion d'Air India, le Malabar Princess"
, assurant la liaison Bombay Londres se prépare à descendre pour son escale à
Genève. depuis le décollage du Caire, à deux heures du matin, tout va bien à
bord. L'appareil est un constellation, possédant quatre moteurs à hélices. Il
transporte quarante huit passagers.
A dix heures quarante trois, les contrôles de Genève et de Genève-Cointrin
captent ce message du commandant de bord britannique, Alan Saint : "Je me trouve
à la verticale de Voiron à une altitude de 4700 mètres". Puis plus rien. L'avion
n'atterrira jamais.
Le chalet buvette du Cerro (1358 m)
Le chalet du Cerro fut érigé vers 1850 sur la rive droite du glacier. C'était à
l'origine une petite cabane en bois servant de buvette aux voyageurs partant
pour la traverser du glacier ou arrivant de la rive opposée.
Longtemps la glace domina les moraines et les chalets, à tel point que l'une ou
l'autre cabane on ne voyait pas celle du versant opposé. Lorsque les touristes
désiraient traverser d'un coté comme de l'autre, on hissait très haut un drapeau
pour appeler les guides de service.
A cause du retrait des glaces et du ravinement des moraines, le chalet fut
reconstruit un peu plus haut à l'emplacement actuel. toujours à cause de
l'amaigrissement du glacier, l'accès à la glace depuis cette buvette est
aujourd'hui difficile et dangereux en raison des chutes de glace.
Extrait du livre de Christian Mollier "du
glacier du mont-blanc au glacier des bossons"
Edition la glace et les hommes